Much Abdos about Nothing

14 décembre 2008

Dans le nord, on ment. En nombre, on tond

Aargh, sortir n'est plus de mon âge. Enfin, sortir, quand on reste chez soi, c'est assez étrange (la baleine est d'accord).

Bien, commençons.
Je me présente, je m'appelle Brieuc. Et je viens vous parler des normands. Enfin, plus précisément, de la relation entre un peuple civilisé, les bretons, et leur voisins légèrement en retard au niveau technologique, social, politique, et j'en passe. Je vous laisse deviner où se trouve mes origines. Parce que j'ai un problème avec eux. Comme tout le monde, non?

Non, mais bon, soyons sérieux, les normands, nous autres bretons, on les aime bien. C'est vrai, quoi, vous en connaissez beaucoup, vous, de main-d'œuvre bon marché, de nos jours, hein? Ils s'émerveillent d'un rien qui soit un peu moderne, un lit de paille suffit à leur confort, et n'entendant rien à tout ce qui est syndical, travaillent des heures durant pour un salaire de misère. Et puis, pour tout dire, ils ne cherchent rien d'autre que de venir chez nous, fuyant leur région. Sans être complètement sinistré, il faut dire que, bon, ça ne fait pas rêver des masses quand ils en parlent. Mis à part les touristes qui vont dans des villes répondant au nom romantique de Trouville (la femme de notre dirigeant breton, on l'appelait comme ça au début. Ça nous a bien fait rire de savoir qu'elle avait une ville d'accueil) ou autre, personne ne voudrait y aller. Genre, t'as parfois l'impression qu'ils subissent un hiver nucléaire tout les 3 mois, tellement il n'y a rien.

Donc, voilà, au début, on était content, nous et les copains, de les voir nous aider pour rien. Moi, j'étais marin, et les voir trimer du levée au coucher du soleil, ça soulageait. Ils n'étaient pas à notre niveau, hein, a pêche, c'est un métier, un art. Ne croyez pas qu'on fait ça parce qu'on n'a pas le choix, hein, non non. Bon, ok, certes, c'est ça ou l'agriculture et les cochons, mais quand même, c'est noble.

Le problème, c'est qu'à force, ils finissaient un peu par piquer tout les jobs de "vrais" bretons. Un exemple, dans les crêperies, de plus en plus de normands sont employés aux fourneaux, alors que pour faire les crêpes, il faut un permis spécial. Alors, bon, certes, je ne suis pas non plus un forcené des traditions, mais il me semble que de mon temps, les choses étaient différentes. Les faire défiler sur une place, afin de choisir celui ou celle qui viendra nous aider chez nous, soit, les voir tenter de devenir bretons, ça, non. Ce n'est pas que ça nous gène, on est ouvert et tout, mais c'est qu'ils commencent à être beaucoup trop. Et les mélanges, c'est comme tout, au bout d'un moment, ça passe plus. On a inventé un dicton, nous, on dit "Breton contre normand, il fout le camp".

La Bretagne, il ne faut pas croire, ça reste une terre d'accueil, on est humaniste, et on comprend leur détresse, même si on aime bien se moquer d'eux (il faut les voir quand ils arrivent l'hiver, aussi, tout maigres et pas nourris.. Simple, de profil, on ne les voit pas. C'est à se demander si Kate Moss elle n'est pas normande, à la base). Mais là, il fallait faire quelque chose.

Alors notre chef, il nous a tous rassemblé, et il a fait un beau discours. Notre chef, c'est Nick. C'est un ancien marin, qui a vu un jour ses deux jambes disparaitre dans le ventre d'une baleine. Depuis, il n'est plus le même. Déjà, il a arrêté d'écouter Moby. Ensuite, il demande toujours qu'on soit sur nos genous en sa présence, car il ne supporte pas qu'on soit plus grand que lui. On l'a appelé deux jours Nick le nain, mais vu son caractère, on a vite arrêté.
Donc, je disais, il a fait un beau discours. Il a parlé de la situation, du fait que ça ne pouvait plus durer, et de comment faire pour faire passer ça auprès du peuple breton.
Il faut savoir, les normands, c'est pas avec leur salaire de misère qu'ils pourraient vivre grand luxe. Donc, ils se parquent tous ensemble dans des HLM, des huttes à loyers modérés. Et Nick, il nous a dit que, pour empêcher que trop de Normands viennent chez nous profiter de nos avantages, on pourrait dire que, franchement, ils exagèrent, ils piquent nos boulots, et en plus, ils n'essaient même pas de vivre comme des bretons, à manger des crêpes, à boire du chouchen, à porter la coiffe, et à danser dans des Festoù-noz. Bon, c'est vrai qu'on n'en fait plus trop, des Festoù-noz, et que la coiffe, il n'y a guère que les vieux qui la portent, mais comme tout le monde sait que c'est dans notre patrimoine, personne ne pourrait y redire.

Donc, Nick a fait son discours devant tout les bretons, et il y en avaient beaucoup qui étaient d'accord. Ils disaient que, non non, ils n'étaient pas anti-normand ni rien de tout cela, parce que, nous autres bretons, on a des valeurs, et qu'ils étaient quand même éduqués et civilisés et qu'on leur avait appris que tout le monde est libre et égaux en droits, mais que, quand même, si ces Normands pouvaient aller pousser les bouchons plus loin à St Moritz, ce serait bien.
Ils y en avaient qui étaient contre, forcément. Ils disaient que c'était inhumain de les traiter comme ça, qu'on avait qu'à tous les accepter comme breton, parce que c'était ça qui faisait qu'ils se sentaient différents. Mais comme tous voulaient commander les autres et imposer leurs idées, ils étaient plus occupés à tirer à la courte crêpe qui allaient être chef. Ca m'a rappelé ma fille, dans sa maternelle, c'était plutôt mignon.

Et Nick, il s'est rappelé que j'étais son copain, à ce moment là. Alors il a dit à tout le monde que j'étais l'homme de la situation, parce que, bon, déjà, il me connait depuis longtemps, et parce que, moi, les Normands, je n'aime pas leurs crêpes. Et puis, le Mont Saint Michel, ils nous l'ont volé, tout le monde le sait.
Alors, il m'a fait monté sur le podium, pour me présenter. Au début, ça allait, j'ai commencé par lire un papier que Nick m'avait donné. Il disait qu'on allait limiter le nombre de Normands sur le territoire breton, parce que c'était chez nous et qu'on a donc le droit de décider, et que de toute façon, ceux qui n'étaient pas content pouvaient partir, comme Yannec. Et qu'en plus, on allait aller chercher ceux qui se cachaient et qu'on les ramènerait gentiment chez eux, avec le sourire et du chouchen. Et là, ça a commencé à ne plus aller, parce que quelqu'un m'a demandé combien de normands il fallait renvoyer. Alors j'ai paniqué, parce que sur le petit papier, il n'y avait rien marqué. J'ai essayé de réflechir à un nombre réaliste, mais je ne voyais que des crêpes qui volaient devant mes yeux. Alors, j'ai dit "3000". L'autre, il m'a demandé "Par an?". "Non non, par mois". Quel andouille. J'ai bien vu que Nick, il me faisait les gros yeux par dessous, mais trop tard.

Alors, maintenant, je suis un peu ennuyé. Parce que 3000 normands par mois, déjà, il n'y en a pas autant qui rentrent. Et que ceux qui sont cachés, ils le sont bien. Ça doit être à force de vivre dans la nature, chez eux, ils savent bien se dissimuler de leurs prédateurs. Nick, il ne me parle plus, et les autres, ils disent que je suis rien qu'un méchant qui veut juste impressionner les bretons ET Nick en sortant des gros chiffres.
J'ai bien essayé de faire déraper mon stylo, à chaque fois que je signe les papiers des comptes à la fin du mois, mais, primo, ça se voit, deuxio, rajouter un zéro ne suffit pas. Et deux zéros, ça ferait beaucoup. Bon, ok, Nick a déjà fait ça quand il travaillait à la sécurité bretonne, mais lui, il pourrait dire que Brest a été rasé de la carte par une attaque de Normands, tout le monde le croirait. Il parait que c'est le charisme. Tu parles, s'il en avait, la baleine se serait excusée et l'aurait ramenée à terre, tiens!

C'est pour ça que je vous parle, à vous. Vous avez forcément une idée, FORCÉMENT.
Je prends tout. N'importe quoi. Ce que vous voulez. Mais il me FAUT une idée. Voir plusieurs. Bon, une, ce sera déjà bien. Parce que là, tout le monde me regarde de haut, maintenant que je me suis planté.
Enfin, sauf, un...

Posté par Ze inconnu à 20:30 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire